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"Seneca" de Robert Schwentke (2023)
Vidéo numérique
Cette farce sanguinaire aux échos contemporains offre à John Malkovich un rôle taillé sur mesure.
Sénateur et conseiller de l’empereur Néron, Sénèque est considéré comme l’homme le plus sage de Rome. Mais le jeune despote se montre de plus en plus rétif à ses interminables leçons de vie. Las de son épouse Octavia, Néron décide de la mettre à mort pour épouser Poppée. Quand son tuteur philosophe proteste, Néron le menace ouvertement. Sénèque, qui a déjà subi l’atroce rigueur de l’exil, comprend que ses jours sont comptés. Accusé de complot contre Néron, il reçoit l’ordre de se suicider avant le lever du jour. Il décide de faire de cette échéance un morceau de bravoure. Entraînant dans cette funeste cérémonie Paulina, sa jeune et naïve épouse, il se donnera la mort devant ses proches au cours d’une représentation où il livrera une dernière fois sa vision de la vie.
Biopic atypique
Sous le regard corrosif du cinéaste allemand Robert Schwentke (Red, déjà avec John Malkovich, Flight Plan), la fin programmée de Sénèque prend l’allure d’une farce cauchemardesque, doublée d’images gore et remplie de clins d’œil à l’époque actuelle. Le visage du jeune Néron et le "Mr. President" qu’on lui sert ne sont pas sans rappeler un certain Donald Trump, tandis que les plans panoramiques et le clinquant des costumes font le lien avec la furie décomplexée des réseaux sociaux. Présenté à la Berlinale 2023, ce biopic atypique permet à John Malkovich de déployer des trésors d’ambiguïté dans le rôle-titre, écrit spécialement pour lui. Pontifiant, pathétique, son Sénèque, symbole de la compromission des élites intellectuelles avec un pouvoir tyrannique, finit néanmoins par incarner la force du verbe, tant il est animé, jusqu’aux portes de la mort, d’un perpétuel désir de philosopher – et de pérorer.